À propos
Matthieu Dubois - 28 ans de design,
8 ans de menuiserie,
projets en économie circulaire en Charente.
« bois & pixels »
Je n’ai jamais été développeur au sens strict, mais le code m’accompagne depuis l’enfance. Pas comme une fin en soi : plutôt comme un outil d’exploration, au même titre que le dessin, la maquette, ou l’atelier. Dans mon parcours, la technique n’est intéressante que si elle reste reliée à quelque chose de plus vaste : le vivant, la matière, les usages, et une certaine idée de la sobriété.
Le code, au départ : jouer, observer, bricoler (années 80)
Vers 1984, à 12 ans, je découvre le BASIC grâce à mon grand frère Fabien, quand un ordinateur arrive à la maison (un Sinclair ZX80, puis un Amstrad CPC 464). Je recopie des pages de code depuis les magazines, puis je les modifie, je les tords, je les réécris.
Ce que j’aime déjà là-dedans, c’est la sensation de comprendre comment ça marche. Comme quand on démonte un objet pour voir ce qu’il a dans le ventre.
Avec l’aide de mon frère, je code en Basic des petits jeux d’aventure, avec des graphismes d’abord dessinés sur papier millimétré, puis traduits en code pour s’afficher à l’écran.
À la même époque, je grandis au milieu de paysages puissants (pensionnats, expatriations, forêts, lagunes). À Gamba, au Gabon, je construis une cabane dans un Filao, je joue dans la brousse et au bord de l’océan, je vois des éléphants sauvage venir manger nos bananiers près de la maison. Ce rapport direct à la nature m’imprime une évidence : la technique n’a de sens que si elle reste à hauteur de réel.
Collaborer avec les développeur·ses : comprendre pour mieux créer
L’informatique comme atelier, mais les mains jamais loin (années 90)
En 1992, quand j’oriente mon cursus vers les arts graphiques, je m’achète un Mac Quadra 700 (prêt étudiant). À l’école, je deviens vite « la personne qu’on vient voir » pour un conseil technique ou logiciel.
Je ne jure alors que par l’outil numérique pour produire mes créations, tout en gardant un besoin constant de fabriquer avec mes mains, puis de numériser et transformer ensuite.
Pour mon diplôme de fin d’études (1996), je pousse cette logique très loin en réalisant un prototype de cédérom ludo-éducatif : images animées image par image, fabriquées en volume (pâte à modeler, papier mâché peint), puis numérisées via un Apple QuickTake relié directement à l’ordinateur — une approche encore rare et très expérimentale à l’époque.
En 1996, mon diplôme attire l’attention d’Hachette Multimédia, qui me confie la direction artistique des premiers Passeport sur cédérom.
Je co-fonde dans la foulée le collectif 7inoui (avec Franck Couder et Olivier Hugue) : entre 1996 et 2005, nous signons plus d’une centaine de projets multimédia pour Hachette, Micro Application, le Muséum national d’Histoire naturelle, et d’autres institutions.
Pour faire vivre le collectif, je réalise aussi notre premier portfolio web (HTML 1.0, 1997) : coder pour rendre visible un travail, une démarche, un imaginaire.
Fin 90s, rencontre avec Les Trucsmuches : nous produisons un pilote stop-motion, Pat la Kail (univers des Lascars). Le projet n’aboutit pas, mais ouvre une aventure commune : un atelier partagé à Malakoff (1999–2010).
Depuis le début, le code revient surtout par la collaboration : comprendre la logique et les contraintes des développeur·ses pour livrer des éléments justes, anticiper la production, et garder la maîtrise du rendu final.
Quelques exemples de productions multimédias réalisé avec 7inoui entre 1997 et 2005
Flash / ActionScript : l’interaction comme matière (années 2000)
Dans les années 2000, je m’immerge dans Flash et l’ActionScript (AS1, AS2, puis AS3), à l’époque où Flash est une grande plateforme du multimédia web.
Ce qui m’attire, c’est l’interaction : faire bouger des images, créer des comportements, fabriquer un rythme, presque comme on sculpte une narration.
Le code reste un outil que je survole : suffisamment pour prototyper, dialoguer avec les équipes, et nourrir mes intuitions de designer.
WordPress, web 2.0 et autonomie (2005–2015)
Après le déclin du cédérom et de Flash, je bascule vers le web « moderne » : WordPress dès 2006, puis une pratique plus solide du front (PHP, JavaScript, HTML, CSS). À partir de 2005, je livre de nombreux sites.
Et quand la complexité dépasse mon champ, je reviens à ce qui me ressemble : travailler en intelligence avec d’autres, plutôt que prétendre tout maîtriser.
Entre 2009 et 2012, je co-fonde la SARL MidiAminuit à Marseille, une agence de communication globale où j’assure la direction artistique. Nous y développons des projets d’identité visuelle, de web design et de communication pour des clients locaux et nationaux.
En 2012, je collabore aussi avec un développeur iOS (Swift) pour donner forme à des idées de design interactif mobile, notamment sur le projet EasyEvents.
Années 2010 : remettre la matière au centre (et réconcilier les outils)
À partir des années 2010, quelque chose se clarifie : j’ai besoin de reconnecter la main et la matière. La technique numérique reste présente, mais je ne veux plus qu’elle soit un monde séparé.
Installé à Bordeaux en 2015, je traverse une remise en question et décide d’aller au bout de ce désir : apprendre un métier du bois.
Je prépare alors un CAP menuisier agenceur chez les Compagnons du Devoir (Chancelade, 2016–2017) : dix mois d’apprentissage intensif, au contact des essences, des assemblages, de la précision, et de la patience que demande le geste juste.
Ce virage n’est pas une rupture avec le numérique. C’est une manière de remettre le réel à sa place : la densité d’un bois, sa fibre, ses défauts, les contraintes techniques, le temps.
Revenir au dev, mais autrement (2017–2019)
Après ce retour au bois, je ressens aussi le besoin de me remettre à jour côté tech : les outils évoluent vite, et j’avais décroché pendant un temps. En 2018, je passe par un bootcamp full stack (Le Wagon, Bordeaux) pour remettre de la cohérence entre mes compétences design et mes outils numériques. En 2019, je complète ce socle avec un certificat de design de bâtiment écologique (Académie ADAPT – SolutionERA) : la même boussole, côté habitat, usage et impact.
Fin 2019, deux engagements structurants se mettent en place : le démarrage de la production de la série animée Les Mystères de Paris (que je co-porte en tant qu’auteur graphique depuis 2012 avec Véronique Puybaret) et mon engagement, dans l’aventure de l’Oasis du Coq à l’Âme.
2017 → aujourd’hui : éco-conception, collectif et circuits courts
En 2017, je deviens entrepreneur salarié chez Coop’Alpha (Bordeaux). J’y développe des projets où le numérique sert le faire, en privilégiant réemploi et circuits courts.
Depuis 2021, installé en Charente, je partage mon temps entre mon travail de designer/dev la menuiserie des Fours à Chaux (FAC) la vie du collectif de l’Oasis du Coq à l’Âme et de sa communication globale. J’y suis référent menuisier et je co-développe avec une super équipe, deux dispositifs très ancrés dans la matière : L’Art’Sourcerie (sensibiliser, transmettre, fabriquer) et La Matériauthèque (collecter, trier et valoriser des matériaux de réemploi).
En parallèle et à l’atelier, j’y porte une activité dédiée aux toilettes sèches : la marque Toilette Chouette est une offre de location de cabines de toilettes sèches, avec une cabine PMR prévue pour la location à partir du printemps 2026.
IA : un “dev sous la main”, l’œil sur le juste (2023 → aujourd’hui)
En 2023, je découvre et travaille avec l’IA a travers une commande d’application interactive sur écran tactile, je renoue avec Adobe Animate (ex Flash) et ActionScript 3.0. Avec l’aide de ChatGPT 3.0, je parviens à compiler et livrer l’application malgré des contraintes techniques fortes.
Je vois l’IA comme un nouveau souffle : elle rend possible, pour un profil « hybride » comme le mien, une forme d’autonomie et de vitesse de prototypage. On a l’impression que le savoir a changé d’établi : il n’est plus rangé sur une étagère, il circule, il passe de main en main, il se transmet à voix basse, entre deux gestes. Mais comme en menuiserie, ce n’est pas l’outil qui fait le juste : c’est l’œil, la main, et le discernement. L’IA, je l’utilise comme un outil d’atelier : elle m’aide à formuler, à structurer et à prototyper — sans lâcher le sens. Elle répond au fantasme ancien du designer interactif : avoir « un dev sous la main » pour transformer rapidement une intuition en objet testable.
Mais j’y mets une condition : rester lucide et mesuré. L’IA a un coût (ressources, serveurs, image, vidéo). La question que je me pose est la même que pour n’importe quel outil : est-ce nécessaire ici ? Comme une calculatrice, l’IA est formidable… mais pas toujours indispensable.
Mon enjeu, au fond, reste le même depuis les cabanes de Gamba jusqu’à l’atelier de menuiserie : faire utile, faire beau, faire durable — et garder la technique au service du vivant, pas l’inverse.